Après les trente pages dédiées à l'analyse complète de l'excellent Titan Noir Max, je vais me contenter du minimum syndical pour vous présenter ce que je pense du Xgimi M1, même marque mais on ne performe pas à tous les coups chez Xgimi !
Le XGIMI M1 est l'un de ces appareils qui suscitent immédiatement la curiosité dès qu'on s'intéresse aux vidéoprojecteurs à ultra courte focale abordables. Conçu initialement pour le marché chinois, ce modèle bénéficie d'une particularité précieuse pour les utilisateurs européens : la société WUPR0 le commercialise avec un firmware qui rend disponible ses menus en anglais, sans lequel l'appareil resterait prisonnier d'une interface entièrement en mandarin. C'est aussi un ultra courte focale à prix contenu puisque commercialisé à 770€.

Sur le plan esthétique, le boîtier adopte une finition « moonshadow sand » argentée et blanche, rehaussée d'un revêtement textile doux au toucher. Le design est soigné, sans ostentation, et l'ensemble s'intègre sans détonner dans un salon moderne. Son format ultra courte focale implique une installation posée directement sur le meuble TV ou sur un support bas, à quelques dizaines de centimètres du mur, ce qui élimine les contraintes habituelles liées au câblage traversant la pièce. Ses dimensions sont compactes pour un UST et le niveau sonore en fonctionnement est très contenu, le M1 se faisant réellement oublier acoustiquement lors des séances, un point sur lequel il faut lui rendre justice.

Le cœur de la partie image repose sur une puce DMD Texas Instruments de 0,33 pouce, technologie DLP éprouvée dans de nombreux projecteurs compacts. Cette puce possède une définition native de 1 280×800 pixels (WXGA). Pour atteindre le Full HD annoncé de 1 920×1 080 pixels, le XGIMI M1 fait appel à la technologie XPR (eXpanded Pixel Resolution), un procédé de décalage optique rapide du micromiroir qui consiste à afficher successivement plusieurs images légèrement décalées d'un demi pixel dans les quatre directions diagonales, à une fréquence suffisamment élevée pour que l'œil humain perçoive une image unifiée à la densité d'un vrai 1080p. Ce n'est donc pas une simple interpolation logicielle : le décalage physique réel des miroirs DMD permet d'exploiter la persistance rétinienne pour reconstituer une résolution 1 920×1 080 convaincante à partir d'une puce 1 280×800. Le rapport de projection est de 0,21:1, ce qui permet d'obtenir une image de 100 pouces à seulement une vingtaine de centimètres du mur. La plage de projection annoncée s'étend de 80 à 120 pouces. Le M1 intègre également une fonction MEMC (Motion Estimation, Motion Compensation) à 120 Hz pour l'interpolation d'images, la correction automatique de la distorsion trapézoïdale, et la compatibilité HDR10. La luminosité annoncée est de 900 CVIA lumens (750 ISO), le contraste constructeur n'est pas communiqué explicitement dans la fiche technique officielle et on comprendra très vite pourquoi.

Avec une petite puce DMD et une source lumineuse à LED, je m'attendais à un contraste moyen mais après mesures c'est encore pire que ça.

Ce projecteur est équipé d'une source LED, on le voit immédiatement à la forme des courbes : trois lobes larges et arrondis, bleu, vert et rouge, sans aucun pic fin et étroit qui caractériserait une diode laser. C'est une LED, point.
Cette technologie a ses qualités : pas de speckle, pas de scintillement, et une lumière naturellement douce qui explique en partie pourquoi les couleurs du mode Movie sont agréables à l'œil sans agressivité. Mais elle a aussi ses plafonds, et la mesure de couverture gamut les expose clairement. Le M1 couvre 95,65 % du rec.709 en CIE 1931 xy, honnête pour du bluray et du streaming SDR courant. En revanche, dès qu'on sort de ce cadre, ça coince : 80,66 % du DCI-P3 seulement, et 61,56 % du BT.2020. En clair, le M1 n'a pas les armes spectrales pour restituer fidèlement du contenu cinéma masterisé en P3, et encore moins du HDR large gamme. C'est une limite physique de la source lumineuse, impossible à contourner. Le M1 est un projecteur rec.709, il le fait correctement, et il faut s'y tenir.

C'est là que les choses deviennent intéressantes, et pas toujours dans le bon sens du terme. Le M1 propose cinq modes d'image : "Lumineux, Standard, Movie, Movie HDR et Performance". Seul le mode Movie tire son épingle du jeu avec un ΔE2000 moyen de 2,75 sur l'échelle de gris et une balance RGB remarquablement stable à ±2 %, ce qui est franchement honorable pour ce gabarit et ce prix. La couverture du gamut rec.709/sRGB atteint 97 %, et les couleurs restent naturelles. C'est le point fort du M1, et il mérite d'être salué.

En revanche, les autres modes sont à éviter catégoriquement pour un usage sérieux : le mode Lumineux affiche un ΔE2000 gris moyen de 8,99 avec une balance RGB qui décroche sévèrement (rouge en chute, bleu qui s'emballe), le mode Performance grimpe à 22,44 de ΔE2000 gris moyen, un score qui ferait rougir un téléviseur d'entrée de gamme de supermarché et le mode Standard se situe dans une zone intermédiaire inconfortable à 7,51, insuffisant pour un usage cinéma.


Quant au mode Movie HDR, c'est un fiasco mesurable : la courbe EOTF présente une chute sévère dans les tons moyens entre 40 et 60 %, signature d'un tone mapping absent ou mal implémenté. Le M1 ne fait pas du HDR il affiche du contenu HDR mal converti, ce qui est à peu près le pire des cas possibles.

Après ajustement de l'échelle de gris en SDR, le ΔE2000 moyen tombe à 1,31, ce qui est excellent, mais la luminosité chute à 336 lumens mesurés; on y revient. Je ne parle pas de calibrage car l'absence de CMS rend impossible l'ajustement de l'espace couleurs.

900 CVIA lumens. C'est ce qu'annonce XGIMI. En mode Movie, le seul utilisable, rappelons le, j'ai mesuré 67,4 cd/m² sur écran blanc de référence 100 pouces 16:9 Gain 1, ce qui correspond à 468 lumens. Soit à peine 52 % des 900 CVIA annoncés. Le CVIA est un standard de mesure chinois moins contraignant que l'ANSI ou l'ISO, mais l'écart constaté ici dépasse largement ce que la différence de normes peut expliquer. En mode Performance, on atteint 95,57 cd/m² soit environ 664 lumens mais au prix d'une colorimétrie catastrophique à 22,44 de ΔE2000, ce qui le rend totalement inutilisable pour du visionnage sérieux. Mais c'est le contraste séquentiel qui constitue le vrai coup de massue : 321:1 en mode Movie, mesuré en conditions réelles sonde orientée vers la toile (tous les autres modes présentent le même niveau de contraste et aucune option ne viendra aider le M1 à corriger cette faiblesse).

Pour situer ce chiffre dans son contexte, un bon projecteur DLP d'entrée de gamme du milieu des années 2000 affichait déjà 500:1 à 800:1 en contraste natif. Les modèles actuels sérieux se situent entre 1 500:1 et 3 000:1. À 321:1, les noirs ne sont pas noirs, ils sont gris, franchement gris, et aucun réglage, aucun mode ne permet de contourner cette limite physique inhérente à la puce et à l'optique. C'est un chiffre qui appartient aux archives, pas aux fiches techniques de 2026.
Avec 468 lumens et 321:1 de contraste séquentiel, le M1 impose des contraintes d'usage très sévères. En salle noire totale, la référence SMPTE home cinéma à 12 ft-L (40 cd/m²) autorise une image maximale d'environ 110 pouces, la limite haute de ce que XGIMI recommande, et déjà trop ambitieux compte tenu du contraste. La référence THX à 16 ft-L (55 cd/m²) ramène cette limite à 94 pouces. En salle semi obscure avec un seuil de 100 cd/m², on tombe à 70 pouces, ce qui correspond à une télévision grand format vendue trois fois moins cher. En salle claire non traitée, c'est tout simplement à oublier. Sur les contenus, le M1 s'en sort correctement sur les films d'animation aux aplats lumineux et saturés, le sport en environnement maîtrisé, ou les dessins animés pour les enfants. En revanche, il faut absolument l'écarter pour les films à scènes nocturnes, les thrillers, le cinéma noir, la science-fiction sombre et toute source HDR. Sur ces genres les gris qui remplacent les noirs cassent immédiatement l'immersion et trahissent les intentions du réalisateur.
Le XGIMI M1 n'est pas dépourvu de qualités : il est silencieux, bien fini, son mode Movie affiche une colorimétrie honnête, et son installation ultra courte focale simplifie réellement la vie en salon. Mais aucun de ces atouts ne compense une luminosité réelle à 52 % des annonces constructeur et surtout un contraste séquentiel de 321:1 qui nous ramène littéralement au siècle précédent en termes de performances. À moins de 900 €, le segment UST est certes contraint, mais d'autres options existent qui ne sacrifient pas à ce point la profondeur des noirs. Pour du home cinéma avec une ambition cinéphilique minimale, ce projecteur ne peut pas tenir sa promesse. Pour de l'animation, du sport ou du contenu familial en salle obscure sur 80 à 90 pouces, il dépannera. Pour le reste, passez votre chemin.

2 Commentaire(s)
Désolé mais celui-ci ne m’a pas du tout inspiré comme vous l’aurez bien compris à la lecture de ces quelques images et je vous fais grâce de sa « définition » qui là encore n’est plus aux standards actuels.
Il ressemble au Dangbei u1 en moins lumineux et plus cher…