La Chine s’est éveillée : le changement complet du marché de la vidéoprojection home cinéma

Souvenez-vous du fameux ouvrage d’Alain Peyrefitte : "Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera". À l’époque, cela paraissait presque prophétique. Eh bien dans le monde de la vidéoprojection, inutile d’attendre davantage : la Chine s’est réveillée, et le monde des grandes marques traditionnelles commence sérieusement à tousser. Ce n’est plus une montée en puissance progressive, c’est une véritable bascule, voire un renversement de l’ordre établi.

Pendant longtemps, les fabricants chinois ont été considérés comme des suiveurs, des assembleurs, voire des copieurs. C’était le temps des projecteurs LED bas de gamme vendus par palettes sur Amazon, au marketing douteux et aux performances à pleurer. Mais ce cliché a vécu. Depuis le début des années 2020, la Chine est devenue un acteur leader de l’innovation dans le home cinéma, en particulier dans le domaine très porteur des projecteurs à ultra courte focale (UST) et des modèles dits "lifestyle".

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Vidéoprojecteurs UST
JmGO N3 Ultra Max
Valerion Pro 2 et JmGO N3 Ultra Max Lifestyle

Derrière ce tournant technologique, plusieurs acteurs clés : Formovie, XGIMI, Xiaomi, Dangbei, Hisense, Valérion, sans oublier les plateformes comme iQIYI ou Tencent Video qui accompagnent le mouvement avec du contenu natif optimisé. Ces marques n’ont pas seulement rattrapé leur retard, elles ont souvent pris de vitesse des constructeurs historiques comme BenQ, Sony ou JVC en matière de design, de fonctionnalités, et surtout de rapport qualité-prix. C’est bien simple : il y a aujourd’hui plus d’innovations concrètes dans un Formovie Theater que dans un vidéoprojecteur des marques historiques.

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La comparaison avec le secteur automobile est saisissante. Comme BYD, NIO ou XPeng bousculent les Mercedes, Volkswagen ou Peugeot dans l’électrique, les projecteurs chinois écrasent le marché sur l’innovation et les fonctionnalités embarquées, souvent avec plusieurs années d’avance. Vous voulez du triple laser, du Dolby Vision, du netflix intégré, un design qui ne fait pas tâche dans le salon ? Il y a 9 chances sur 10 que ça vienne de Shenzhen.

Et ce n’est que le début. Car au-delà des produits finis, la Chine attaque désormais le cœur technologique du secteur : les moteurs optiques, jusqu’ici monopolisés par le Japon (LCD Epson) et les États-Unis (DMD Texas Instruments). À ce titre, la société LIGHT CHIP a présenté au SID 2025 un projecteur 4K MicroLED à trois puces auto-émissives. Cette innovation est dotée de trois puces auto-émettrices, chacune ayant une résolution de 3840×2160, une taille de pixel de 4 microns et une surface optique compacte de 0,69 pouce. Construite sur des plaques de silicium CMOS de 12 pouces, elle fusionne la source lumineuse et le modulateur en une seule unité, éliminant ainsi les conceptions traditionnelles encombrantes et ouvrant de nouvelles possibilités pour des projections miniaturisées et haute résolution. Plusieurs entreprises chinoises se concentrent également sur le développement de panneaux LCoS (Liquid Crystal on Silicon) comme BOE Technology Group et TCL Technology.

Mais l’éveil chinois ne se limite pas aux projecteurs eux-mêmes, aussi brillants soient-ils. Il s’étend désormais aux normes de diffusion et de rendu visuel, un domaine longtemps dominé par les standards américains comme le HDR10+, le Dolby Vision ou le Dolby Atmos. Depuis 2020, l’UWA (UHD World Association), une alliance fondée par les géants chinois tels que Huawei, Hisense, Xiaomi, Skyworth, TCL, BOE ou encore iQIYI et Tencent Video, s’est donné pour mission de créer une infrastructure technologique souveraine, allant du codec jusqu’à l’affichage final.

logo UWA
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Le fleuron de cette offensive s’appelle HDR Vivid, un format de HDR dynamique développé par la CUVA (China Ultra HD Video Industry Alliance), qui repose comme ses équivalents occidentaux sur des métadonnées dynamiques par scène ou image. Là où il innove, c’est dans son adaptabilité à la lumière ambiante et sa capacité à fonctionner sans aucune redevance de licence. Il est déjà utilisé sur les plateformes de streaming chinoises majeures, et pris en charge en natif par la plupart des projecteurs et téléviseurs récents de marques chinoises (Formovie, TCL, Hisense, etc.).

En parallèle, la Chine développe aussi son propre équivalent audio immersif : HDR Audio. Ce format, fondé sur le principe d’audio par objets (comme Dolby Atmos), propose une spatialisation intelligente, dynamique, et là encore, sans royalties. Intégrée dans les systèmes audio de projecteurs et téléviseurs récents, cette technologie est conçue pour fonctionner de manière optimale avec les contenus encodés en AVS3 et HDR Vivid, ce qui permet une cohérence de bout en bout. Le but est limpide : en finir avec la dépendance aux standards étrangers et proposer une alternative globale, libre de droits, adaptée à la production et à la diffusion locales. La Chine ne se contente plus de fabriquer les projecteurs, elle en fixe désormais les règles du jeu. Et si l’on en juge par l’adoption croissante de ces formats dans les produits du quotidien, il ne serait pas étonnant que ces nouveaux standards finissent par s’imposer bien au-delà des frontières de l’empire du Milieu.

Parlons maintenant d’un autre outil de cette prise d’indépendance technique : la norme CVIA Lumens. Car au pays de la lumière laser, on ne se contente plus de reprendre les unités des autres sans broncher. Fini le flou artistique entre lumens marketing, ANSI, ISO, LED ou valeurs "créatives". La China Video Industry Association (CVIA) a pris les choses en main en créant sa propre norme de mesure de la luminosité, plus transparente et plus adaptée aux projecteurs nouvelle génération, notamment ceux à source laser.

LOGO CVIA
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Le but ? Offrir un standard stable, reproductible, plus représentatif de l’expérience réelle, et surtout affranchi des critères imposés historiquement par les normes américaines ou japonaises. Le protocole CVIA s’approche de celui de l’ANSI traditionnel (mesure sur mire blanche pleine, moyennes sur zones multiples), mais avec quelques ajustements qui reflètent mieux les caractéristiques spécifiques des projecteurs modernes chinois : température couleur native, homogénéité optique, performances dynamiques du laser, etc.

En clair, un projecteur donné à 2300 lumens CVIA ne tente pas de nous vendre du rêve — en général, on est très proche de la réalité mesurée, souvent entre 2100 et 2400 lumens ANSI réels dans les tests rigoureux. On est donc loin des 4000 "lumens LED" fantaisistes qu’on croise encore chez ViewSonic par exemple.

Certains observateurs annonçaient la mort programmée du vidéoprojecteur, voué à disparaître sous la pression des écrans plats géants toujours moins chers. C’est tout l’inverse qui se produit. Grâce à l’explosion des modèles UST, Lifestyle, compacts intelligents, le marché connaît un nouvel âge d’or, porté par des usages plus variés et une qualité d’image qui n’a jamais été aussi abordable. Et devinez qui est à l’origine de cette renaissance ? La Chine.


7 Commentaire(s)

  1. Sab_Skywatcher dit :

    Superbe article, on prend bien conscience des enjeux de ce marché porté par la chine.
    Qu’il en soit ainsi, licence libre ou pas l’important pour moi c’est la qualité final visuel et sonore, espérons qu’elle reste au niveau voir surpasse la qualité des licences historique.
    J’ai tout de même un léger doute sur le pragmatisme du marché chinois, qui troc volontier la qualité par la quantité.
    Whait and see.

  2. Fabio30 dit :

    Quand je vois toutes ces innovations, j’espère simplement que les bons projecteurs Lifestyle à prix raisonnable, tel que le jmgo ns1 4k, permettront une plus grande amplitude de positionnement, (1,2-1,5), car aujourd’hui, pour les détenteurs de salle dédiée, l’offre se fait vraiment rare pour les petits budgets. Je croise les doigts.

  3. surround0 dit :

    Article passionnant, merci Greg.

    « À ce titre, la société LIGHT CHIP a présenté au SID 2025 un projecteur 4K MicroLED à trois puces auto-émissives. », Si les 3 puces peuvent émettre en même temps, est-ce qu’on s’approche enfin de la fin du RBE?

  4. Ste2b dit :

    Salut à tous, salut Greg..

    Cela fait des semaines que j’hésite à passer sur du chinois en remplacement de mon BenQ th690 st pour une nouvelle technologie,le formovie théâtre par exemple,ce qui me préoccupe c’est la qualité du produit,la fiabilité,le sav ,etc etc .les Chinois font à la fois de la M…E et à la fois de la très haute qualité,la marque Fiio par exemple .

    1. GregW dit :

      On n’est plus du tout dans l’époque du bricolage et des imports hasardeux depuis la Chine. Des marques comme Awol/Valerion, Dangbei, Formovie ou XGIMI sont désormais officiellement commercialisées en France et en Europe, avec garantie, SAV et réseau de distribution sérieux. Fini les menus à moitié traduits et les douanes surprises : on achète en ligne ou en magasin, avec la même tranquillité d’esprit qu’un Epson ou un Sony.

      Quant à Hisense, ils ne sont plus les petits nouveaux. Sur le segment UST, ils ont déjà dépassé Samsung en part de marché, et ils sont en passe de devenir leaders sur les écrans plats également. Les marques chinoises ne sont plus juste une alternative économique : ce sont des concurrents frontaux, installés, puissants, et parfois en avance.

  5. stefanregen dit :

    Quel revendeur vend Valerion ? Je n’ai trouvé le pro 2 que sur Amazon et Amazon n’est que l’expéditeur. Le vendeur est Valerion.

    1. GregW dit :

      Tous les principaux revendeurs français (son vidéo, passionhomecinema, hcs).

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