Lorsque Sony et TCL ont annoncé leur rapprochement, l’essentiel des commentaires s’est naturellement concentré sur les téléviseurs BRAVIA. Pourtant, derrière les écrans plats se cache une information autrement plus intéressante pour les lecteurs de Mondoprojos : les vidéoprojecteurs Sony font eux aussi explicitement partie de l’opération. Il ne s’agit d’ailleurs plus aujourd’hui d’un simple projet puisque Sony et TCL ont conclu le 31 mars 2026 des accords définitifs donnant naissance à une nouvelle société baptisée BRAVIA Inc., détenue à 51 % par TCL et à 49 % par Sony, avec un démarrage opérationnel prévu pour avril 2027 sous réserve des autorisations réglementaires nécessaires. Cette précision est essentielle car nous ne sommes pas face à une fusion générale de Sony et TCL, mais bien à la création d’une structure commune dédiée à une partie importante des activités Home Entertainment de Sony. Or la liste officielle des activités concernées inclut très clairement les projecteurs, avec non seulement leur commercialisation mais aussi leur développement, leur conception, leur fabrication, leur logistique et leur service après-vente.
Cela signifie qu’à partir de 2027, les futurs vidéoprojecteurs Sony ne dépendront plus uniquement de la marque historique que nous connaissons mais d’une société dont TCL sera l’actionnaire majoritaire. Le changement va même plus loin puisque Sony doit transférer à TCL 100 % de Sony EMCS Malaysia, sa filiale chargée de fonctions de fabrication de produits Home Entertainment, tandis que des discussions se poursuivent également au sujet de l’entité industrielle de Shanghai. Nous sommes donc très loin d’un simple accord marketing dans lequel TCL fabriquerait quelques produits sous licence : il s’agit d’une transformation profonde qui pourrait avoir des conséquences directes sur l’avenir des vidéoprojecteurs Sony. Et au milieu de cette opération se trouve évidemment la question qui intéresse le plus les passionnés de home cinéma : quel avenir pour le SXRD ?

Sony demeure aujourd’hui l’un des très rares constructeurs capables de proposer des vidéoprojecteurs grand public reposant sur de véritables matrices 4K natives, là où l’immense majorité des projecteurs DLP concurrents utilisent des matrices de définition inférieure associées à un procédé de déplacement ultrarapide des pixels. Cette architecture SXRD reste l’un des marqueurs technologiques les plus forts de la marque avec les BRAVIA Projector 7, 8 et 9. Le problème n’est donc pas vraiment le savoir-faire technologique de Sony, mais son positionnement économique. Depuis plusieurs années, la marque s’est progressivement éloignée du cœur du marché grand public pour se concentrer sur des modèles de plus en plus coûteux, alors que dans le même temps les fabricants chinois ont multiplié les vidéoprojecteurs laser à quelques milliers d’euros avec des sources RGB, de larges espaces colorimétriques, des traitements HDR sophistiqués et des équipements particulièrement généreux.
C’est précisément à cet endroit que l’arrivée de TCL pourrait complètement changer la donne, car le constructeur chinois apporte quelque chose que Sony ne possède plus dans les mêmes proportions : une capacité industrielle gigantesque, une chaîne d’approvisionnement verticale et une maîtrise particulièrement agressive des coûts de production. Les deux marques ont d’ailleurs présenté cette complémentarité comme l’un des principaux intérêts de leur rapprochement, Sony apportant ses technologies d’image, son expertise audiovisuelle, tandis que TCL apporte son outil industriel, ses technologies d’affichage, ses volumes et sa compétitivité économique.
La première hypothèse, sans doute la plus séduisante pour les amateurs de vidéoprojection, serait donc celle d’une renaissance du SXRD grâce à TCL. Pourquoi ne pas imaginer que la puissance industrielle du groupe chinois permette enfin de réduire le coût de production des futurs projecteurs Sony et de ramener cette technologie vers des catégories tarifaires progressivement abandonnées par le constructeur japonais ? Un futur vidéoprojecteur combinant de véritables matrices SXRD 4K, le traitement vidéo Sony, une source laser moderne, une optique motorisée, un lens-shift généreux et une gestion HDR de nouvelle génération, mais fabriqué avec une structure de coûts optimisée par TCL, pourrait représenter exactement ce qui manque actuellement au marché entre les projecteurs lifestyle chinois et les modèles home cinéma premium dépassant rapidement les 10 000 euros. Un vidéoprojecteur SXRD positionné dans une zone comprise entre 3 000 et 6 000 euros aurait probablement un impact considérable sur le marché.
Une deuxième optiont beaucoup moins enthousiasmante : BRAVIA Inc. pourrait au contraire décider de conserver les vidéoprojecteurs Sony uniquement sur le très haut de gamme, en considérant que le projecteur home cinéma traditionnel est devenu une niche trop réduite pour justifier une reconquête des segments inférieurs. Cette stratégie prolongerait finalement la trajectoire observée ces dernières années, avec des volumes faibles, des prix élevés et une clientèle composée essentiellement d’amateurs fortunés et d’intégrateurs spécialisés. L’évolution des téléviseurs de très grande taille pourrait d’ailleurs renforcer cette logique. Quand des écrans de 98, 100 ou désormais 115 pouces deviennent accessibles, la vidéoprojection perd une partie de son avantage historique sur les diagonales intermédiaires et se retrouve progressivement repoussée vers les très grandes bases d’image et les salles dédiées. Dans ce scénario, TCL pourrait parfaitement considérer que les projecteurs BRAVIA doivent rester des produits de prestige destinés à une niche et qu’il n’existe aucun intérêt économique à ramener Sony sous les 5 000 euros.
Il existe enfin une troisième hypothèse, plus radicale encore, qu’il serait difficile d’ignorer : celle de l’avenir même du SXRD. Absolument aucun élément officiel ne permet aujourd’hui d’affirmer que TCL ou BRAVIA Inc. envisage d’abandonner cette technologie et il serait incorrect de présenter sa disparition comme une information. Mais rien ne garantit non plus sa pérennité à long terme. Une société dont l’objectif affiché est notamment d’améliorer la compétitivité et de réduire les coûts devra nécessairement se poser la question de la pertinence économique d’une technologie propriétaire comme le SXRD face à un écosystème DLP extrêmement industrialisé, mondialement diffusé et largement adopté par les fabricants chinois. Si TCL estime un jour qu’une autre architecture permet d’obtenir une meilleure rentabilité sans dégrader excessivement l’expérience utilisateur, le maintien du SXRD pourrait devenir difficile à défendre.
C’est là toute l’ambiguïté de cette opération : elle peut aussi bien offrir une seconde jeunesse au SXRD que précipiter sa marginalisation. La marque chinoise n’arrive d’ailleurs pas complètement vierge dans le monde de la vidéoprojection. Le constructeur commercialise déjà plusieurs projecteurs, notamment en France avec des modèles comme les TCL C1, A1s ou PlayCube. Nous sommes encore très loin de l’univers d’un vidéoprojecteur BRAVIA et ces appareils appartiennent davantage au segment lifestyle qu’au véritable home cinéma traditionnel, mais ils montrent que TCL considère déjà la vidéoprojection comme une catégorie de produits à part entière.
Cette opération prend d’ailleurs une saveur particulière lorsqu’on l’observe à la lumière des transformations actuelles de la vidéoprojection. Depuis plusieurs années, les marques chinoises comme XGIMI, JMGO, Hisense, Valerion, Formovie, progressent rapidement, d’abord sur l’entrée et le milieu de gamme, puis de plus en plus vers les catégories premium. Pendant ce temps, plusieurs acteurs historiques japonais ont progressivement abandonné les segments les plus accessibles pour se concentrer sur des produits plus rares et plus chers. La création de BRAVIA Inc. constitue peut-être l’illustration la plus spectaculaire de cette inversion des rapports de force : pendant longtemps, les fabricants chinois cherchaient à reproduire le savoir-faire des constructeurs japonais ; à partir de 2027, c’est une entreprise chinoise qui détiendra la majorité de la société chargée de développer une partie des futurs produits home cinéma portant les marques Sony et BRAVIA, vidéoprojecteurs compris. Le symbole est particulièrement fort. Autrement dit, dans quelques années, il sera parfaitement possible de voir arriver sur le marché un Sony BRAVIA Projector conçu, développé et commercialisé par une entreprise contrôlée à 51 % par TCL. Le nom restera japonais mais la réalité industrielle sera profondément différente. Alors, renaissance ou crépuscule du SXRD ? Il est aujourd’hui impossible de trancher.
Une chose est désormais certaine : à partir d’avril 2027, l’avenir des vidéoprojecteurs Sony ne se décidera plus uniquement chez Sony. TCL disposera de 51 % de BRAVIA Inc. et, pour les amateurs de vidéoprojection, ce petit 51 % pourrait s’avérer beaucoup plus important que bien des annonces de nouveaux modèles. Reste désormais à savoir ce que TCL décidera d’en faire.
J’en profite pour glisser ici un petit teaser : sauf changement de calendrier, la fin de l’année 2026 devrait être marquée par l’annonce de la fusion de deux acteurs importants du secteur. Je ne peux malheureusement pas vous en dire davantage pour le moment, mais croyez-moi, cette nouvelle-là méritera elle aussi toute notre attention.
TRANSPARENCE – LIENS AFFILIÉS
Cet article contient des liens affiliés. Si vous réalisez un achat après avoir cliqué sur l’un de ces liens, Mondoprojos peut percevoir une commission de la part du vendeur, sans aucun coût supplémentaire pour vous. Cette rémunération contribue au financement du blog et nous permet de poursuivre nos tests de vidéoprojecteurs et de matériel home cinéma en toute indépendance éditoriale, sans recourir à des bandeaux publicitaires. La présence d’un lien affilié n’influence ni nos mesures, ni nos appréciations, ni les conclusions de nos bancs d’essai.
Il n'y a pas de commentaires pour le moment. Soyez le premier à participer !