IFA 2026 contre CEDIA 2026 : deux mondes pour la vidéoprojection home cinéma

À quelques jours d'intervalle, deux grands salons vont dessiner deux visages très différents de la vidéoprojection home cinéma. À Berlin, l'IFA 2026 réunira notamment BenQ, JMGO, XGIMI, Hisense et AWOL Vision, avec une présence particulièrement visible des fabricants qui ont profondément renouvelé le marché des projecteurs domestiques ces dernières années. À Denver, presque au même moment, le CEDIA Expo 2026 réunira davantage l'écosystème de l'intégration résidentielle haut de gamme, avec Epson et JVC notamment, autour de solutions destinées aux salles dédiées et aux installations réalisées par des professionnels.

Cette opposition est finalement assez savoureuse. Pendant longtemps, l'expression « nouveau monde » évoquait les États-Unis face à un « ancien monde » européen. En septembre 2026, la situation semble presque inversée dans l'univers de la vidéoprojection : c'est à Berlin, en Europe, que l'on verra émerger le nouveau visage du vidéoprojecteur home cinéma grand public, tandis que le CEDIA américain semble davantage conserver les codes de l'ancien marché de la projection, celui des grandes salles dédiées, des intégrateurs et des installations à plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Il ne faut évidemment pas caricaturer cette opposition. L'IFA n'est pas devenu le salon de la vidéoprojection, et le CEDIA n'est pas un musée de la projection traditionnelle. Mais la répartition des acteurs et des produits annoncés en 2026 est suffisamment significative pour révéler une véritable fracture dans le marché.

IFA 2026
IFA 2026

À Berlin, la nouvelle génération est particulièrement visible. JMGO dispose d'un emplacement officiel dans le Hall 22, consacré aux projecteurs et au home cinéma, et annonce une conférence de presse le 4 septembre consacrée à de nouvelles innovations dans la projection premium. Le constructeur promet explicitement de présenter de nouveaux produits et des démonstrations en conditions réelles.

BenQ sera également présent à l'IFA, dans le Hall 6.2, avec un événement presse programmé le 3 septembre. Et même si le constructeur ne détaille pas encore publiquement l'ensemble de ses nouveautés, les indices que nous avons déjà relevés autour des références AK800ST et AK900ST rendent cette présence particulièrement intéressante pour les amateurs de vidéoprojection.

À leurs côtés, XGIMI occupera également un espace Home & Entertainment au Hall 21, tandis que Hisense sera présent au Hall 23 et qu'AWOL Vision organisera également une conférence de presse consacrée à la nouvelle génération de divertissement domestique.

Le symbole est fort. Ces marques ne défendent pas seulement une technologie de projection. Elles vendent une expérience audiovisuelle complète, avec laser, 4K, HDR, Smart TV, autofocus, correction géométrique, gaming, installation simplifiée et, pour certains modèles, des traitements d'image de plus en plus sophistiqués. Leur objectif n'est plus nécessairement de construire une salle dédiée autour du projecteur : c'est souvent le projecteur lui-même qui doit s'adapter au logement, au meuble, au mur ou à l'écran disponible.

C'est précisément ce qui distingue cette nouvelle génération de la vidéoprojection traditionnelle. Et le contraste avec Denver sera saisissant.

CEDIA Expo 2026
CEDIA Expo 2026

Le CEDIA Expo 2026 se déroulera du 1er au 4 septembre, presque simultanément avec l'IFA. Le salon est explicitement destiné aux professionnels de l'intégration résidentielle et aux installateurs qui conçoivent les systèmes audiovisuels et domotiques des habitations. Le CEDIA revendique d'ailleurs lui-même cette vocation : les intégrateurs y découvrent les équipements qu'ils déploieront dans les projets à venir et les fabricants y présentent les technologies destinées à ce marché professionnel.

La projection qui y est mise en avant appartient donc logiquement à un autre univers. JVC y présentera ses DLA-NZ900 et DLA-NZ800, deux projecteurs home cinéma haut de gamme dotés de la technologie 8K/e-shift et auxquels JVC ajoute désormais l'ALLM pour réduire la latence dans les jeux. Le constructeur organise même une démonstration autour du gaming et d'un terrain de football virtuel.

Chez Epson, le message est encore plus révélateur. Dans son communiqué du 21 août consacré au CEDIA 2026, Epson annonce une démonstration du QL7000, un projecteur laser 3LCD 4K à 10 000 lumens, installé derrière un écran Stewart Filmscreen de 215 pouces au format 2.0:1. Une seconde démonstration associera le même projecteur à un écran ALR acoustiquement transparent de 160 pouces, tandis qu'une troisième utilisera l'optique courte ELPLX02S avec un écran de 135 pouces, le projecteur étant intégré au plafond avec uniquement l'objectif visible.

Nous sommes donc très loin du projecteur que l'on déballe dans un salon de 25 m². lLa marque japonaise présente d'ailleurs explicitement ces installations comme des solutions pour les salles home cinéma dédiées et les espaces résidentiels conçus par des intégrateurs, avec l'ambition de faire de la projection une alternative intégrée aux téléviseurs grand format et aux murs vidéo. Le constructeur annonce également une comparaison en direct des différents modèles Q-Series sur la luminosité, le HDR et la colorimétrie.

Le constructeur japonais ne semble pas avoir abandonné la vidéoprojection domestique. Il semble plutôt avoir choisi de monter en gamme et de concentrer son discours sur les installations où la projection conserve un avantage évident : très grandes diagonales, intégration architecturale, écrans techniques, salles dédiées et forte luminosité.

Le QL7000 de 10 000 lumens sur 215 pouces n'est pas une réponse au JMGO N3, au Leica Cine Compact 1 ou aux nouveaux XGIMI et Hisense. Ce n'est tout simplement pas le même marché. Et c'est précisément ce qui rend la situation intéressante.

Car pendant que les constructeurs historiques se concentrent de plus en plus sur le haut de gamme ou sur des gammes relativement établies, un espace considérable s'est ouvert entre le téléviseur et la salle de cinéma dédiée. C'est cet espace que les nouveaux acteurs asiatiques ont investi avec une rapidité impressionnante.

Pour un budget de quelques milliers d'euros, l'acheteur peut désormais trouver des projecteurs laser 4K relativement compacts, dotés d'une interface Smart TV, de fonctions d'autocalibration ou d'optimisation automatique de l'image, de technologies HDR avancées et de fonctions gaming. Certains proposent même des optiques capables de simplifier considérablement le placement dans la pièce. Et cette philosophie est désormais visible à grande échelle à l'IFA.

On assiste donc à un déplacement du centre de gravité. Le « nouveau monde » de la vidéoprojection n'est plus nécessairement celui du projecteur installé au plafond dans une salle noire avec un écran fixe et un processeur vidéo externe. Il peut désormais être posé sur un meuble, déplacé d'une pièce à l'autre, utilisé avec une console, connecté directement à Netflix ou à YouTube et projeté sur un écran de 100 ou 120 pouces dans un séjour.

Cela ne signifie pas que cette nouvelle génération est techniquement supérieure à tout ce qui existait auparavant. Elle ne l'est pas.Le problème est ailleurs. Le marché grand public intermédiaire semble progressivement perdre ses repères historiques.

Pendant des années, Epson, Sony et JVC ont structuré le marché du home cinéma traditionnel avec des modèles qui permettaient à un passionné disposant d'un budget raisonnable de franchir un véritable cap qualitatif sans passer directement au monde de l'intégration professionnelle. Aujourd'hui, ce rôle est de plus en plus occupé par XGIMI, JMGO, Hisense, Valerion et d'autres fabricants chinois.

L'IFA 2026 va rendre cette évolution particulièrement visible. JMGO y annonce de nouvelles innovations de projection premium, BenQ prépare manifestement plusieurs nouveautés et XGIMI, Hisense et AWOL Vision seront également présents dans les espaces consacrés au divertissement domestique.

Pendant ce temps, le CEDIA 2026 montrera une autre projection : celle des grandes salles, des intégrateurs, des écrans techniques, de l'invisibilité de l'équipement et des budgets beaucoup plus élevés. Même Sony illustre cette séparation. La marque sera bien présente à l'IFA 2026, mais son profil officiel met en avant la création de contenu et notamment sa gamme Cinema Line ; aucune annonce de présence de sa vidéoprojection home cinéma n'apparaît dans cette programmation. À l'inverse, Sony est associé au CEDIA 2026 et y soutient notamment la programmation professionnelle du salon.

Ils semblent plutôt avoir quitté ou au minimum fortement réduit leur présence visible dans le terrain de jeu qui a désormais été investi par les nouveaux acteurs chinois. L'IFA et le CEDIA 2026 ne seront pas simplement deux salons présentant des produits différents. Ils vont probablement montrer deux conceptions concurrentes de l'avenir de la projection domestique.

C'est pourquoi l'opposition IFA 2026 contre CEDIA 2026 me paraît particulièrement pertinente pour comprendre ce qui est en train de se passer.

Le plus ironique est que l'« ancien monde » et le « nouveau monde » ne sont plus ceux auxquels nous étions habitués. Le nouveau monde de la vidéoprojection home cinéma semble aujourd'hui s'exprimer à Berlin à travers des marques chinoises innovantes, tandis que l'ancien monde technologique conserve une partie de son savoir-faire dans les grandes installations américaines du CEDIA.

Ne pouvant me dédoubler, dommage, cela m'aurait permis de surveiller simultanément Berlin et Denver, je ne serai donc présent qu'à l'IFA. Mais vous me connaissez : je suis davantage le chantre de ce nouveau visage de la vidéoprojection que le gardien de l'ancien. Et, cette année, le nouveau monde a clairement rendez-vous à Berlin ! Bis bald dann !

IFA Berlin 2026
IFA Berlin 2026

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